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Dans un contexte sanitaire particulièrement délicat, ce début d’année 2022 fut marqué par une importante mobilisation des transporteurs routiers au Canada. En effet, des millions de camions poids lourds - venus de tout le pays - se sont rejoints fin janvier à Ottawa dans l’intention de protester contre l’obligation vaccinale. Alors, quelles sont les raisons précises à l’origine de cette grève nationale ? Une initiative similaire se prépare-t-elle en France ?
Acteur majeur de la distribution de pneumatiques poids lourds en France, XL Pneus revient - par le biais de cet article - sur cette mobilisation sans précédent des chauffeurs routiers canadiens.
Dans la lutte contre l’épidémie de Covid-19, le gouvernement fédéral canadien a pris une mesure législative jusqu’ici inédite vis-à-vis des chauffeurs routiers. En détail, ce texte de loi contraint les routiers à se faire vacciner lors de voyages transfrontaliers - entre le Canada et les États-Unis, dans les deux sens. Auquel cas, les conducteurs non vaccinés ont l’obligation de s’isoler à leur domicile pendant 14 jours.
Entrée en vigueur le 15 janvier dernier, cette décision du gouvernement canadien a provoqué un vif émoi dans la profession. Effectivement, cette obligation vaccinale empêcherait environ 12 000 camionneurs d’exercer leurs fonctions sur les routes de navigation transfrontalières, d’après une estimation de l’Alliance Canadienne du Camionnage (ACC). Ce nombre peut être étendu si l’on prend en compte les conducteurs poids lourds américains, présents de l’autre côté de la frontière.
La réaction des chauffeurs canadiens ne s’est pas faite attendre puisqu’un mouvement contestataire s’est organisé le week-end du 29 et 30 janvier 2022. L’objectif était clair dès le départ : manifester devant cette institution et exprimer son mécontentement à l’égard de cette obligation vaccinale. Ainsi, ce sont des milliers de conducteurs qui ont pris le volant de leur camion et qui se sont regroupés devant le Parlement dans la ville d’Ottawa, capitale fédérale du Canada.
Évoluant au rythme des klaxons, le cortège de camionneurs - autoproclamé « convoi de la liberté » - a paralysé le trafic routier durant deux jours en prenant d’assaut le centre-ville. Et cette mobilisation s’est même poursuivie jusqu’au mardi 1er février. Quant au nombre de manifestations, la presse canadienne avance un chiffre de 50 000 camionneurs présents et prêts à bloquer le Canada, mais également les accès à la frontière avec les États-Unis.
Bien que peu médiatisé en France, ce mouvement fut intensément relayé outre-Atlantique sur les réseaux sociaux grâce aux hashtags suivants : #TruckersForFreedom et #TruckerConvoy2022. De plus, une cagnotte en ligne a permis de récolter plus de 2,6 millions de dollars. Cette somme servira à payer le carburant, la nourriture et le logement pour tous les participants.
Malheureusement, le déroulement de cette manifestation pacifique fut entaché par de multiples dérapages. D’une part, des militants d’extrême droite se sont ralliés à ce mouvement. Certains manifestants ont été aperçus avec des croix gammées, mais également avec des drapeaux des confédérés sudistes, signe de ralliement des mouvements suprémacistes blancs. D’autre part, des casseurs étaient également de la partie puisque la police a recensé des dizaines de dégradations, notamment sur la tombe du soldat inconnu.
Dans la foulée, l’Alliance Canadienne du Camionnage (ACC) s’est fendue d’un communiqué de presse. Dans ce dernier, le syndicat professionnel condamne ce rassemblement ainsi que toute autre manifestation sur les routes, autoroutes et ponts publics. À juste titre, elle précise dans son communiqué : « L’ACC croit que de telles actions – surtout celles qui nuisent à la sécurité publique – ne sont pas la façon dont les désaccords avec les politiques gouvernementales devraient être exprimés ».
Toujours selon le syndicat et selon les propos tenus par le Premier ministre Justin Trudeau, la grande majorité des chauffeurs poids lourds ne serait pas affectée par ces nouvelles mesures de restriction. Ils estiment, à ce jour, que 90% des 160 000 routiers en activité sont d’ores et déjà vaccinés contre la Covid-19.
Dans notre pays, un certain nombre d’opposants au pass vaccinal ont tenté de s’emparer de l’effervescence de ce mouvement de colère nord-américain. Sobrement baptisée « convois de la liberté », une action citoyenne a vu le jour avec des intentions proches de celles des routiers canadiens - sauf que les principaux intéressés ne furent pas consultés.
Malgré tout, la traditionnelle manifestation de protestation contre ces mesures sanitaires s’est bien tenue le samedi 12 février à Paris. Des piétons, des voitures, des camping-cars et autres camionnettes ont défilé dans la capitale française. Or, aucune trace de conducteurs de camions poids lourds. Également, les principaux syndicats du secteur du transport de marchandises n’ont en aucun cas souhaité être associés à ce mouvement d’opposition.
En cause, une différence notable par rapport à nos compatriotes canadiens : des déplacements sans restrictions. Plus précisément, les chauffeurs routiers français peuvent continuer à se déplacer librement entre les pays de l’Union européenne tout en ayant accès à l’espace restauration des relais routiers sans pass vaccinal.
D’autant que, contrairement au Canada, les camions poids lourds restent la propriété de la société de transport. De ce fait, les chauffeurs ne peuvent en disposer librement. Puis, un chauffeur poids lourd participant à des troubles à l’ordre public peut risquer un licenciement et/ou un retrait de points sur son permis de conduire.
Finalement, cette déclinaison française de ce mouvement de grève s’apparente davantage à une nouvelle façon d’exprimer un ras de bol général des « gilets jaunes » et opposants au gouvernement d’Emmanuel Macron. Au final, elle ne devrait pas connaître le même succès que son homologue nord-américain.